Brève de taverne 81

Taverne

Deux orques attablés dans une gargote, L’ami Karem,  prennent un petit apéro.
– Dis donc,  Grof, les olives ça a des pattes ?
– Ben non ! Pourquoi tu me demandes ça Hurf ?
– Parce que je crois que je viens de bouffer un cafard !

Création du Syndicat National des Éditeurs Indépendants de l’Imaginaire

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 Dans le monde des petits éditeurs de l’imaginaire, c’est l’hécatombe. Il y a quelques jours, les Éditions du Riez ont jeté l’éponge. Cela fait suite à la fermeture de plusieurs maisons : Mythologica, Artalys, La Madolière, Griffe d’Encre, Céléphais.
Ça fait beaucoup. Les raisons sont multiples  (elles sont expliquées dans le manifeste) mais le constat est là : il faut se serrer les coudes !

Quatre éditeurs ont décidés de se regrouper pour créer le Syndicat National des Éditeurs Indépendants de l’Imaginaire (SNEII). Il s’agit des éditions Armada, Malpertuis, Le Peuple de Mü et Walrus.

À travers leur manifeste, ils lancent un appel à d’autres éditeurs pour les rejoindre .

Manifeste

Encore une. Encore une maison d’édition des Imaginaires qui flanche, tente de se relever et s’écroule enfin. Depuis deux ans, nous assistons au bal des fermetures. Sans rien dire. Trop pris que nous sommes par nos propres soucis quotidiens. Ceux qui font que, demain, nous serons encore là pour éditer des livres auxquels nous croyons. Alors que nous faisons partie de la première économie française, la Culture, nous nous débattons pour faire vivre la soi-disant pluralité culturelle. Quelques uns sont aidés pour cela. Quant aux autres qui tentent, innovent, prennent des risques, les cases ne sont jamais les bonnes et les banques aux abonnés absents.

Pourtant, ce sont toutes ces petites maisons d’édition qui organisent le maillage territorial de la jeune création littéraire francophone des Imaginaires et dénichent parfois la pépite éditoriale de demain. Ces maisons sont bâties sur des pilotis au milieu de l’Atlantique. Lieux de mille vents et tempêtes. Oubliant que, de Rabelais à Barjavel en passant par Cyrano de Bergerac, tous les auteurs se sont essayés à ce genre, nos publications sont systématiquement attaquées par une intelligentsia culturelle qui se gargarise d’Orwell et oublie les vivants, les contemporains qui réfléchissent, ou pas, à demain.

Cela se réduit-il donc qu’à un problème de reconnaissance de la part des édiles du métier ? Non, évidemment. Nous sommes aussi écrasés par un système économique contraint où la répartition des richesses prive le créateur premier du livre, l’auteur-trice, de sa juste rémunération. N’importe quelle analyse systémique menée sur notre secteur en démontrerait les aberrations : remises trop importantes, retours systématiques, parts des auteurs et éditeurs insuffisantes, impressions non compétitives sur le territoire français etc.

Face à tout cela, nous n’avons en représentation que le Syndicat National de l’Édition. Le MEDEF du livre. Ce n’est pas un gros mot. Comme lui, il ne représente qu’une petite partie de l’activité éditoriale en France et plus particulièrement celle des grands groupes. Nos réalités, à nous, petits et moyens éditeurs des Imaginaires ne sont pas les mêmes. C’est pourquoi il existe à côté du Syndicat du CAC40, la CGPME ou encore celui des Entreprises Sociales et Solidaires qui, aux dernières élections professionnelles, est d’ailleurs arrivé en tête. Il est temps pour nous aussi de nous compter, de sauter le pas de la représentativité professionnelle et de mettre en avant nos problématiques.

Nous voulons défendre la création contemporaine et soutenir les jeunes auteurs, réfléchir à de nouvelles solutions éditoriales avec le numérique en imaginant un autre livre de demain, proposer la refonte du modèle économique du livre et être force de proposition auprès de l’ensemble des pouvoirs publics pour la promotion des auteurs, illustrateurs et éditeurs. Séparés, nous n’arrivons qu’à survivre ; ensemble nous pouvons créer les conditions économiques de notre activité et voir nos maisons d’édition prospérer. Des différentes bannières des Imaginaires, nous devons n’en créer qu’une seule : celle de l’Imaginaire.

Nous devons créer le Syndicat National des Éditeurs Indépendants de l’Imaginaire.

Les premiers signataires sont déjà rejoints par les éditions, Ex aequo, Le Héron d’Argent, L’Ivre-book, Magic Mirror, Numeriklivres, Le Carnoplaste, Fantasmagorie et Nutty Sheep.

Et comme ont dit : haut les cœurs !

Le site du SNEII.

Hammour -Bruno Pochesci

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Elyah et Hugo s’haimment eux non plus dans une société où les pervanchmollahs verbalisent à coups d’ongles verninoxés, les cigognespionnes vous empêchent de procréer en paix et avoir des papiers constitue le pire des tourments administratifs. Il faudrait une bonne guerre, comme dirait l’autre. Ça tombe bien, les Valls’ viennent de la déclarer ! Lui se retrouve affecté au Tarthare, légendaire régiment aux trois semaines d’espérance de survie moyenne, avec son ami Vernon le philocuistot. Elle est incorporée aux Maharis, service de renseignements où il faut donner beaucoup de sa personne. Trop, sans doute. Si ce rohman (avec un H, oui, puisqu’il est rédigé en langue sub’…) était une chanson, la question-refrain serait : qu’est-ce qui pourrait sauver l’HAMMOUR ?

Après avoir placé ses nouvelles dans pas mal de revues et d’anthologies et gagné quelques prix prestigieux ( deux fois le Prix Vision du futur), Bruno Pochesci sort son premier roman. Comme à son habitude, il privilégie un ton léger et plein d’humour.

« Rions un peu avant de tous crever », c’est la devise de ce roman d’anticipation foisonnant et inventif. Quand on découvre les premières phrases en langue sub’, on se dit que Bruno Pochesci prend un gros risque de larguer le lecteur en route. Mais cette langue inventée est jubilatoire par ses jeux de mots, ses clins d’œils et son humour ravageur. On lit les aventures de Elyah et Hugo avec en permanence un sourire aux lèvres. C’est très fort ! On loupe sûrement quelques trucs, quelques allusions mais c’est le jeu. Quel boulot titanesque de relecture ça a dû être !

Ces deux grandes gueules, Hugo et Elyah, se retrouvent entraînées dans une guerre terrible et absurde et ce qui va les faire tenir, c’est l’ »hammour » indestructible qui les lie. C’est qu’ils sont attachants les deux tourtereaux.On rit beaucoup mais on est ému aussi.

Je ne peux pas trop dévoiler l’intrigue parce qu’il y a des surprises à la pelle. En tout cas, l’humour n’empêche pas l’auteur d’envoyer quelques scuds aux travers de notre société. Bruno Pochesci a créé un monde qui nous semble familier mais qui reste flou quant à sa situation spatiale ou historique cependant les dirigeants y sont aussi cyniques et corrompus que les nôtres !

Ce roman qui m’a beaucoup plu est conseillé à ceux qui cherchent un ton neuf et qui n’ont pas peur d’être pris au dépourvu. Hammour ça décoiffe !

Éditeur / Collection : Rivière blanche / Collection blanche
Nombre de pages : 350
Illustration: Gregory Allirol
ISBN 978-1-61227-577-2
Prix : 25 €